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vendredi 2 décembre 2016

Le canular de Thanksgiving


Cette tradition extrêmement populaire et vivace aux États-Unis (et dans quelques autres pays) qui nous concerne indirectement en tant qu'européens est en fait une manière de remercier Dieu et les bonnes grâces accordées aux récoltes. Elle remonterait à l'implantation dans le Massachusetts d'une communauté fuyant l'Europe sur le Mayflower en 1621. Ce jour de célébration a été officialisé par le président Abraham Lincoln en 1861. Il est fixé tous les ans le quatrième jeudi de novembre et a donc eu lieu cette année le 24.

Thanksgiving est une fête culinaire très appréciée dans tous les foyers américains. Ce jour-là, qui précède maintenant le célèbre "Black Friday" (soldes monstres dans les magasins), les américains mangent traditionnellement une dinde (45 millions environ sont sacrifiées à cette occasion) accompagnée de plusieurs plats et ensuite ils (les hommes) regardent un match de football américain à la télé. 


Repas traditionnel de Thanksgiving

Mais cette journée commémorative qui fêtera bientôt ses 400 ans (Trump aura cet honneur) correspond-elle vraiment à la réalité historique ? C'est ce que nous allons voir avec Richard Maybury…
(Les photos proviennent d'internet et ne figurent pas dans l'article)


Le grand canular de Thanksgiving



Traduit par Hélios

Chaque année à cette époque, on enseigne à tous les élèves américains le récit officiel de Thanksgiving, et les journaux, la radio, la télé et les magazines y consacrent énormément de temps et d'espace. C'est tout plein de couleurs et fascinant.

C'est aussi très trompeur. Cette histoire officielle n'a aucun rapport avec ce qui s'est réellement passé. C'est un conte de fées, un ramassis édulcoré et aseptisé de demi-vérités qui détournent l'attention sur la vraie signification de Thanksgiving.

L'histoire officielle dit que des Pèlerins arrivent en Amérique à bord du Mayflower et établissent une colonie à Plymouth pendant l'hiver 1620-21. Le premier hiver est rude et la moitié des colons meurent. Mais les survivants sont de robustes travailleurs pleins de ténacité et ils apprennent de nouvelles techniques agricoles grâce aux Indiens. La récolte de 1621 est abondante. Les pèlerins organisent une célébration et rendent grâce à Dieu. Ils sont reconnaissants pour le nouveau et merveilleux pays de Cocagne dont Il les a gratifiés.
Une image d'Épinal du premier Thanksgiving (tableau de Jean Léon Gérome Ferris)
 L'histoire officielle dit ensuite que les Pèlerins vivent plus ou moins heureux après, commémorant chaque année le premier Thanksgiving. D'autres colonies implantées plus tôt vivent aussi des temps difficiles au début, mais elles prospèrent bientôt et adoptent l'annuelle tradition de remerciements pour ce nouveau pays prospère nommé Amérique.

Le problème avec cette histoire officielle est que la récolte de 1621 ne fut pas abondante et que les colons n'ont pas travaillé dur. 1621 fut une année de famine et bon nombre de colons ont été un tas de voleurs paresseux.

Dans son livre Histoire de la colonie de Plymouth, le nouveau gouverneur local, William Bradford, rapporte que les colons furent affamés pendant des années parce qu'ils refusaient de travailler dans les champs. Ils préféraient de loin voler la nourriture. Il dit que la colonie était un lieu de "corruption", de "chaos et de grogne". Les récoltes était faibles car "une bonne partie était chapardée jour et nuit, avant même qu'elle soit mangeable."

Lors de la fête des moissons de 1621 et 1622, "tous eurent le ventre bien rempli", mais seulement brièvement. La situation prédominante durant ces années n'était pas l'abondance qu'affirme le récit officiel, mais la famine et la mort. Le premier "Thanksgiving" ressembla plus au dernier repas de condamnés qu'à une célébration.

Mais les années suivantes quelque chose changea. La récolte de 1623 fut différente. Soudain, "remplaçant la famine, Dieu les gratifia alors d'abondance", écrivait Bradford, "et la face des choses fut changée, réjouissant le cœur de tous ces gens qui se mirent à bénir Dieu". Par la suite, notait-il, "aucun manque ou famine ne fut parmi eux à partir de ce jour". En fait, il y eut une telle production de nourriture en 1624 que les colons purent commencer à exporter du maïs.

Que s'est-il passé ? Après la pauvre récolte de 1622, écrit Bradford, "ils en vinrent à se demander comment faire pousser autant de maïs que possible pour obtenir une meilleure récolte". Ils commencèrent à remettre en question la structure de leur organisation économique.

Elle exigeait que "tous les profits et bénéfices obtenus par le commerce, la circulation des biens, le transport, le travail, la pêche ou tout autre moyen" soient placés dans un stock commun de la colonie et que "toutes les personnes faisant partie de cette colonie prélèvent viande, boissons, habits et toutes les autres provisions dans ce stock commun". Chacun devait mettre dans le stock commun tout ce qu'il pouvait et ne prendre que ce qu'il lui était nécessaire".

Cette formule, depuis le "chacun selon ses capacités" jusqu'au "chacun selon ses besoins" fut une forme primitive de socialisme et c'est pourquoi les Pèlerins mouraient de faim. Bradford écrit que "les jeunes hommes les plus capables et taillés pour le travail et le service" se plaignaient de devoir "passer leur temps et dépenser leur énergie à travailler pour les épouses et les enfants des autres hommes". De même, "un homme costaud, ou aux multiples talents, n'obtenait pas plus de victuailles et de vêtements en partage qu'un homme chétif". Ainsi, les jeunes et les costauds refusaient de travailler et la quantité totale de nourriture produite ne suffisait jamais.

Pour remédier à cette situation, Bradford abolit le socialisme en 1623. Il attribua à chaque ménage une parcelle de terre et leur dit qu'ils pouvaient garder ce qu'ils produisaient ou le vendre s'ils le jugeaient bon. En d'autres mots, il remplaça le socialisme par l'économie de marché et ce fut la fin des famines.

Plusieurs groupes de colons arrivés plus tôt implantèrent des états socialistes, tous avec les mêmes terribles résultats. À Jamestown, établi en 1607, sur le nombre total de colons arrivés, moins de la moitié allait survivre à leur première année en Amérique. Seul un cinquième des hommes accomplissait les travaux, les quatre autres cinquièmes choisissant d'être des parasites. Pendant l'hiver 1609-10, nommé "Temps de la famine", la population passa de 500 à 60 personnes. La colonie de Jamestown fut convertie ensuite en une sorte de libre-marché et les résultats furent tout aussi spectaculaires que ceux de Plymouth.

19 commentaires:

  1. Histoire complètement invraisemblable: de la pure propagande néolibérale!
    Nous avons des colons dont certains n'étaient probablement pas des agriculteurs, dont aucun n'avait sûrement jamais cultivé de maïs -lequel ne pousse pas très bien naturellement dans des pays froids comme l'Angleterre à moins de faire de la sélection variétale, qui se mettent à faire de plantureuses récoltes dans une terre qu'ils ne connaissent pas avec des plantes dont ils ne maîtrisent pas la culture... Les échecs des premières années étaient davantage dues à la méconnaissance du terrain qu'au "socialisme", grand satan des néolibéraux idolâtres de la propriété privée! On peut se demander pourquoi ils cherchent à faire pousser du maïs alors qu'ils maîtrisent la culture du blé, de l'orge, du seigle, dont les semences auraient facilement pu être acheminées par bateau!
    Je doute également que les chétifs aient réussi à faire de plantureuses récoltes. En fait, le mode d'organisation initial était productif car obéissant à quelque chose que nous connaissons bien: la division du travail. Ce qui l'a fait capoter, c'était l'incompétence des gouverneurs incapables d'organiser leurs colonies et la moralité douteuse -étrange chez des puritains, pour qui le travail est une vertu qui rachète le péché originel- des colons, à moins que ce ne fussent des repris de justice envoyés coloniser par la couronne britannique. Les jeunes et les forts aux champs, ce qui est logique, les autres à la pêche, à la construction, à la confection de vêtements, à la chasse: ce qui a réellement ruiné ces colonies est l'état initial d'anarchie en leur sein, les manques de compétences, les fautes de management et d'organisation qui sont mises bien entendues sur les dos des colons par des administrateurs ineptes, ainsi que le manque de valeurs morales des colons: individualisme, égoïsme, paresse,...
    A ce propos, les communautés Amish et autres sont plutôt "socialistes", non?
    Et cela marche plutôt bien économiquement...
    Conclusion: journaliste stipendié et incompétent qui ne connaît rien à l'économie, encore moins à l'agriculture. Retraduis-nous du miles mathis s'il te plaît, Hélios: c'est vraiment d'un autre niveau!

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  2. amendement à mon commentaire: je pense que tu as traduit "corn" par maïs. C'est la traduction américaine actuelle; en fait, en anglais, "corn" est synonyme de "wheat", c'est à dire blé, ce qui est déjà plus logique, car le rapport originel sur la colonie fut écrit début XVII par un anglais. Est-ce ainsi que le journaliste américain l'entendait? J'en doute, car en américain moderne, corn =mais et wheat= blé; à moins qu'il n'ait voulu faire de la propagande, ce qui est usuel parmi les "prestitutes", même si l'incompétence et l'arrogance sont plus probables...

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  3. J"aime (! ! ! ) beaucoup cette image d'Épinal ou les personnage sont vêtus d'une façon "improbable" avec coiffe et cols amidonnés, casque astiqué, chaise à barreaux tournés offrant aux "pauvres indiens" de la nourriture !

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  4. A sceptique :

    Bonjour. Vous posez deux questions intéressantes :

    Est-ce bien du maïs que les colons du Mayflower cultivèrent à Cape Code à leur établissement en 1620/21.

    Leurs échecs initiaux furent ils causés par une mauvaise organisation sociale et politique comme l’écrit Richard J. Maybury, ou bien par d’autres facteurs, tels que l’incompétence des colons et celles des « administrateurs ineptes », pour vous citer.

    Voyons la question du maïs.

    Dans l’article d’origine traduit par notre hôtesse, et dont elle fournit le lien, , le mot utilisé est bel et bien « corn ». Richard J. Maybury, qui n’est pas journaliste comme vous l’écrivez un peu rapidement (je passe sur le qualificatif que vous utilisez à son égard dans votre second commentaire), mais éditeur, a écrit l’article en 1999, et a donc utilisé le mot « corn » dans son acception moderne de maïs. Notre hôtesse a donc traduit tout a fait correctement le mot.

    Est il possible que les gens du Mayflower aient cultivé du maïs en 1620/21 plutôt que les céréales « qu’ils maîtrisaient » et que donc Richard J. Maybury utilise le mot à bon escient ?

    Le mot « corn » est utilisé par William Bradford, second gouverneur de la colonie de Plymouth, dans son livre « History of Plymouth plantation» écrit à partir de 1630 (https://en.wikipedia.org/wiki/William_Bradford_(Plymouth_Colony_governor)). Le sens ancien de « corn » ne nous aide pas, puisqu’il signifie « graine» en vieil anglais (http://www.majstro.com/Web/Majstro/bdict.php?gebrTaal=fra&bronTaal=fra&doelTaal=ang&teVertalen=froment)et non pas « blé » comme vous le supposez. Le mot « froment » est rendu par « hwaet) en vieil anglais, qui deviendra « wheat ». Par conséquent, il ne peut y avoir de confusion entre « corn » et « hwaet » dans les écrits du gouverneur, qui parlait donc d’une graine différente du blé.

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  5. Le mais existait-il en Europe en 1620/21 ? Oui, certainement. Dès 1600, il était cultivé en Espagne et en Italie, pour remonter rapidement vers le Nord. Sa présence est certaine en France (en Bresse) en 1612, il figure dans un acte notarié de cette année là. (http://www.maisculturedurable.com/dossier_lhistoire_du_mais-55.html)
    Le transport par voie de mer est à cette époque le vecteur principal sinon unique d’échanges commerciaux, et donc le mais a atteint la Hollande, principale puissance économique et maritime du 17è siècle, très tôt, ce qui a permis aux obtenteurs hollandais (qui n’étaient pas des manchots, cf la crise des tulipes aboutie en 1637) d’obtenir des variétés de maïs autochtones. Or, les pèlerins du Mayflower ont passé 12 ans à Leyden … avant de s’embarquer à Plymouth UK en 1620.
    Ce maïs hollandais ou anglais était il adaptable à Plymouth USA? Très probablement puisque nous observons que le maïs moderne est cultivé dans une plage de latitudes très large sans inconvénient majeur. C’est plutôt sa sensibilité aux pluies qui détermine les rendements.
    Plymouth se trouve à la latitude 41°57, soit celle de Barcelone, et sur la façade océanique, donc conditions d’ensoleillement et de pluie idéales, alors que vous parlez de « méconnaissance du terrain », le supposant inadapté à cette culture, donc. Pourtant, les USA sont le premier producteur mondial de maïs depuis longtemps, avec environ 40% du total. ( http://www.gecodia.fr/Les-principaux-producteurs-de-mais-dans-le-monde_a2176.html)
    Je ne comprends donc pas votre argument de « colons non agriculteurs de maïs en Angleterre pays froid), puisque la moitié des colons étaient hollandais (je développerai ça un peu plus tard), que le maïs était cultivé avec succès dans toute l’Europe y compris aux latitudes de Plymouth, et que mettre un grain de maïs en terre n’exige aucune compétence spécifique pas plus aujourd’hui qu’hier.

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  6. Pour en finir avec cette question, je vous suggère de regarder à nouveau le tableau de JLG Ferris dont notre hôtesse a illustré sa traduction. On y voit trois plats de nourriture, le premier ressemble fortement à des tapas, les deux autres à de la semoule. Le maïs est la seule céréale qui se prête aux deux utilisations. En tout cas, ça n’est pas du froment, qui donnerait du pain ou de la farine, ni du seigle ni de l’avoine, qui ne lèvent pas à la cuisson. C’est certes une peinture tardive, fin 19è, mais l’œuvre de Ferris est toujours considérée comme « splendide dans l'exactitude des accessoires, des vêtements » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Leon_Gerome_Ferris)

    A ce point du débat, je considère que l’option maïs est la plus probable et de loin. En raccourci, j’utiliserai le mot maïs en place de « céréale et très probablement le maïs » pour amener la vraie question que vous avez loupée : le maïs semé par les colons au printemps 1622 provenait il de leurs stocks européens, ou bien était ce une variété locale fournie par les natifs ?

    En d’autres termes : les colons ont-ils mangé leur stock tant qu’ils étaient sur le bateau ? Voyons ça.

    D’abord, initialement, les pèlerins devaient traverser sur deux bateaux en deux groupes de 50 plus l’équipage, mais une avarie du Speedwell les obligea à s’entasser sur le Mayflower soit 102 personnes plus 30/40 personnes pour l’équipage avec des stocks pour seulement un navire, soit 80 personnes. (http://www.history.com/topics/mayflower )

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  7. Ensuite, les pèlerins ne sont arrivés à Cape Code que mi-novembre, très tard en saison, donc, ce qui les a forcés à passer l’hiver sur le bateau, à consommer leur stock bien évidemment. Que pouvait il en rester pour les semailles du printemps 1621, sachant que 53 des pèlerins et la moitié de l’équipage étaient morts du scorbut et de la tuberculose ? Rien, puisque le gouverneur William Bradford nous dit les choses suivantes (Source : )

    (en décembre) Ils découvrirent dans une tombe indienne des paniers de maïs (le mot utilisé ici est maize, et pas corn, pas d’ambiguïté) qu’ils emportèrent dans l’intention de semer le maïs.

    Dans deux cabanes indiennes, ils découvrirent encore du maïs et des haricots, qu’ils emportèrent.

    Notez ici l’association traditionnelle mais/légumineuse, qui n’existe pas pour le blé, l’avoine, le seigle etc …

    Voilà donc pour la question du maïs, nous verrons prochainement celle de l’organisation sociale et politique de ces colons …

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    1. Bravo VALUEBREAK belle recherche(s) et enquête fouillée qui répond aux questions diverses .
      Manifestement la fréquentation de Miles MATHIS laisse des traces !

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  8. Un argumentaire digne de Miles Mathis ! Merci Valuebreak. Comme quoi il est bon de se renseigner avant de critiquer...
    J'attends la suite avec impatience.

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  9. Bonjour à tous,
    A la lecture de l'article ma question fut : mais qui manipule qui ? j'ai été effectivement interpellée par le discours genre "propagande néolibérale" soulevé également par Sceptique. Donc, je reste sceptique quant à l'analyse de Richard J.M sans toutefois la réfuter. J'ai besoin d'autres éléments pour étayer mon point de vue personnel.

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  10. Bonjour à tous,
    merci d'avoir bien voulu répondre à mes commentaires; effectivement, selon la fiche wikipedia, l'auteur est un libéral dit de l'école autrichienne, affiliée à des gens comme Mises et Hayek, non interventionnistes, et partisan du laissez faire. C'est une personne qui, comme je l'avais souligné, fait preuve d'un parti pris idéologique avéré en économie: le free market résout de lui-même tout les problèmes de ressources, rend les incompétents compétents, les chétifs forts, les littéraires scientifiques,... et les marchés se régulent tout seuls dans le meilleur des mondes; on a vu le résultat en 2008. Les politiques de Mises ont été appliquées en Allemagne dans les années 20, cela a été un désastre, même s'il critique les banques centrales comme égouts collecteurs d'actifs toxiques, ce qui est vrai. Pour le résultat du laissez fairisme, regardez les résultats actuels en Argentine sous Macri, en Russie sous Eltsine,...; ce monsieur a, selon sa fiche Wikipedia, une grille d'interprétation apriorique des choses peu scientifique, et c'est cela que je lui reproche; sûrement pas la traduction d'Hélios, qui a du lui prendre beaucoup de temps; l'erreur était dans le texte d'origine. Hélios, comme tu comprends très bien l'anglais, puis-je te suggérer la lecture de cet article, pour comprendre l'ampleur des a priori doctrinaux: http://www.unz.com/mhudson/rebel-economists-unpick-historical-path-to-global-recovery/
    Pour ce qui est du corn, voici la définition du dictionnaire de Cambridge:
    ictionary.cambridge.org/dictionary/english-french/corn_1
    Effectivement, le mais a été importé en Europe au XVII; de là à en conclure que les colons en connaissaient la culture, il y a un pas. Le mais est une céréale originaire d'Amérique centrale, et le Massachussets se trouve un peu trop au nord, avec des populations plutôt nomades très différentes des populations Aztèques ou du sud des États-unis.
    Par ailleurs,le climat y est très différent, le fait que Plymouth se trouve à la même latitude que Barcelone ne signifie pas que les données climatiques y soient les mêmes, les courants marins comme le Gulf Stream y jouent un rôle; voici les normes climatiques actuelles de Boston aussi dans le Massachussets:
    http://fr.allmetsat.com/climat/new-england.php?code=72509
    Comme vous pouvez le constater, ce n'est pas Barcelone, sachant que l'hémisphère nord connaissait en plus un petit âge glaciaire à l'époque. Les variétés que nous faisons pousser en Europe du Nord et aux USA, comme je l'ai dit, sont le fruit de siècles de tests et de sélections variétales: une variété poussant sur un terrain acide ne poussera pas sur une terre basique.
    Quant'à pratiquer l'agriculture, cela ne se réduit pas à mettre un grain en terre, c'est beaucoup plus compliqué, cela s'apprend avec l'expérience et toutes les terres ne se ressemblent pas: lisez Claude Bourguignon, si vous ne pratiquez pas - ce qui n'est pas le cas d'Hélios de toute façon, il faut faire des essais, dont souvent les premiers sont infructueux.

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  11. suite de mon post:
    Merci en tout d'avoir apporté ces documents additionnels, Valuebreak, même si tu devrais faire à mon sens attention à la valeur des données de Wikipedia, surtout concernant les mythologies des pères fondateurs. La seule référence est celle du gouverneur, qui n'est pas très plausible, tant l'histoire des paniers de céréales trouvées dans les sépultures (conditions de conservation, durée de germination,...), que pour les facteurs religieux et sociaux dans le colonie, où les dissensions entre colons expliquent le chaos dans la colonie.
    Le problème est avant tout une histoire de falsification idéologique que je soupçonne très clairement tant chez l'auteur, lequel entend démontrer (apologétique) la toute puissance du free market sur l'économie dirigée: Maurice Allais en a démontré les limites, et en l'occurence, comme je l'ai dit, le problème venait davantage de l'absence d'autorité.
    Voyons cela: les colons mangent leurs provisions et leurs semences, soit.
    Comme par hasard, ils trouvent des semences par paniers entiers qu'ils font pousser tous seuls comme des grands. Quitte à utiliser Wiki, recherchons le peuplement du Massachussets, et nous trouvons ceci: https://fr.wikipedia.org/wiki/Wampanoags ; où il est dit que ce sont les indiens qui ont enseigné aux colons à cultiver le maïs -admettons effectivement que ce soit du maïs.
    Horreur, des barbares des sauvages, des païens qui apprennent des choses au peuple élu! Quelle horreur! Pouvez-vous imaginer le gouverneur relater ÇA dans son journal compte tenu du racisme puritain de l'époque: les protestants anglais et hollandais n'étaient pas les français question racisme. Lequel racisme est clairement explicite dans le tableau mis en illustration par Hélios, où ce sont les colons qui nourrissent les natifs ("les bons sauvages"), lesquels sont assis en position de soumission tandis que les colons sont debout: pensez-vous que les indiens auraient toléré cela?
    Quant-à la véracité du tableau, à quelles archives et sources le peintre a-t'il eu accès sinon à des images de cliché (voir le chapeau à plume sur la tête de l'indien)?

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  12. Les deux premières années dans la colonie n'ont pas été bonnes à cause du climat délétère au sein de la colonie, de l'anarchie, de l'incompétence des colons -lesquels sont décrits sur la page wiki sur le Mayflower comme des bourgeois citadins, non des agriculteurs- de leur vanité de classe, empêchant des marchands de s'abaisser à cultiver la terre, de leurs dissensions claniques menant à la désunion. Dans ce cas de populations hétéroclites, le système de propriété individuelle est le seul qui peut apporter un semblant de paix dans la communauté et éviter l'auto destruction (agrégat hétéroclite de colons serait plus exacte); cf. les valeurs de l'auteur sur sa page wiki.
    Comme le dit Paul Craig Roberts, les libertariens comme l'auteur sont des religieux dogmatiques("they have an agenda"); le libéralisme est une secte pseudo économique basée sur des a priori (i.e. sur un système de valeurs a priori) comme la rationalité des acteurs économiques (glissement sémantique depuis personne humaine- sophisme de pars pro toto), la supériorité de l'auto organisation des marchés, de la théorie des équilibres, totémisation de la propriété privée comme fin en soit, et survalorisation de l'individu ( sans concevoir que l'individu est..relatif au groupe dans la majeure partie des sociétés humaines)...
    Si vous lisez bien les positions de l'auteur sur sa page wiki, c'est un contractualiste, c'est à dire quelqu'un qui fonde l'action sur le consensus, le droit lui même étant l'expression du consensus, conception nominaliste des choses, démontée par Platon. Le droit naturel y est nommé sans qu'il ait de références scientifiques fiables sur les fondements de ce droit (nature humaine). Désolé pour ce post à SUPER ralonge, mais je tenais à m'expliquer sur mon premier post écrit un petit peu à la va vite.
    Merci pour le travail effectué sur ce site.

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  13. Pour Noël et pas que.....

    http://iletait3foisrien.canalblog.com/archives/2013/12/16/28675913.html

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  14. A sceptique :

    Nous abordons maintenant la question de l’organisation sociale de la colonie primitive.

    Richard J. Maybury estime qu’elle a changé en 1623, passant d’un socialisme collectif à un libéralisme individuel, ce qui aurait mis fin aux famines.

    Vous dîtes que les famines de 1620 à 1622 résultaient « d’un état initial d’anarchie … de manque de compétences … de fautes de management … ».
    Il semble que vous ne soyez pas ennemi du paradoxe puisque vous supposez dans la même phrase une anarchie, c’est à dire une absence de commandement et un management, donc la présence d’un commandement. Peut être avez-vous été un peu rapide dans votre rédaction ?

    Bien. Tâchons de vérifier les affirmations de Richard J. Maybury, y a-t-il eu famines les 3 premières années, puis abondance. Y a-t-il eu changement d’organisation sociale ? La réussite ultérieure est elle attribuable à cette modification ?

    Sauf précision particulière, j’utiliserai les mêmes sources de documentation que ci-dessus, en particulier les notes des fiches Wiki, auxquelles j’ai ajouté https://en.wikipedia.org/wiki/Plymouth_Colony

    Comme je l’ai écrit plus haut, les 53 décès de l’hiver 1620/21 ne ressortent pas de la famine stricto sensu, mais de l’épidémie de scorbut contractée pendant le voyage …. Ces gens étaient tellement affaiblis que leur première construction à terre, une maison commune, terminée le 19 janvier fut immédiatement convertie en hôpital. Par ailleurs, le site d’implantation fut choisi parce que c’était un village indien abandonné, et donc déjà défriché, ce qui devait faciliter les futures cultures, bien sûr. L’ennui, c’est que le village, nommé Patuxet, avait été abandonné par les indiens en raison d’une épidémie de vérole en 1619… apportée par les militaires anglo saxons … cette vérole, ou peut être leptospirose, avait été si violente et rapide que les indiens ne purent même pas enterrer leurs morts, et voilà le site ou des colons européens s’installèrent, eux mêmes déjà durement frappés par le scorbut et la tuberculose … la tragédie du Mayflower est avant tout sanitaire, avant que d’être économique ou sociale.

    (aparté : des villages indiens en dur, qui portent un nom, des terrains défrichés à la main, ce qui est un dur travail, des techniques agricoles avancées … autant de démentis à votre affirmation ex cathedra d’indiens nomades.)

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  15. Il n’y eut que 4 décès dans le reste de l’année 1621. Total des colons survivants : 50.

    En novembre 1621 arriva un vaisseau, le Fortune, avec 37 nouveaux colons, au nombre desquels un nommé Delano, ancêtre du président F.Delano. Roosevelt. Deux décès parmi eux, total 85 colons.

    En mai 1622, 67 nouveaux colons arrivèrent, (les premiers sur un navire nommé le Sparrow, coucou Johnny Depp), pour fonder un nouvel établissement à Weymouth. Après des heurts avec les indiens, dont les colons de Plymouth se vengèrent en inaugurant les premiers massacres indiens préventifs officiellement reconnus (le Standish’s raid), les survivants furent intégrés à la colonie de Plymouth. Total 143 après diverses défections.

    En juillet 1923, les vaisseaux Anne et Little James débarquèrent 37 arrivants, portant le total à 180. Ces vaisseaux apportèrent également du ravitaillement pour la première fois depuis l’hiver 1620 ; c’est cet espoir de pérennité qui fut fêté à la fin des moissons en novembre par le premier Thanksgiving Day. Qui dit moisson en novembre dit moisson de maïs, pas de blé, qui a lieu en juillet-août, n’est ce pas ?

    Voyons nous le mot famine une seule fois entre avril 1621 et novembre 1623 ? Non.
    Voyons nous des décès autres que dûs aux heurts avec les natifs ? Pas davantage.
    Voyons nous les mots liesse et abondance ? Non plus.

    Donc quel est le tableau pour cette période ? La survie du groupe est assurée par l’exploitation ou l’élimination des indiens (en juillet 1621 la milice commandée par Standish comprenait 11 hommes pour une population totale de 50 !), le commerce des fourrures, la chasse, les produits de la mer … la montée de l’agriculture, qui va reprendre les techniques indiennes (indiennes, j’insiste) d’association de cultures, de rotation, d’engrais par les produits marins n’assure pas encore l’autonomie à un groupe qui s élargit progressivement …
    En résumé : pas de famine, mais pas la gloire non plus … du paramilitaire partout …

    Y a-t-il eu changement d’organisation sociale en 1623 ? Quelle était elle en 1620 ?

    Pour 1620/21 /22, je n’ai pas trouvé de traces écrites à l’époque. Nous voyons simplement que les mesures autoritaires étaient légion, concernant les obligations para-militaires, l’affectation des logements, la distribution du matériel et des vivres, ce qui m’ étonne guère dans le cadre d’une colonisation d’un endroit inconnu peuplé d’indiens. Rajoutons comme facteur déterminant le caractère ultra religieux des 19 familles.

    Mais à partir de 1623, on attribue aux nouveaux colons des lots de terrain achetés aux indiens par la London Virginia Company, affréteur du MayFlower. Le gouverneur Bradford ne fait qu’entériner cette modification, il n’en est pas à l’origine. Ce changement très important a plusieurs conséquences : il amène des nouveaux migrants en quantité, parmi eux des éleveurs. Ces nouveaux arrivants ne seront donc plus exclusivement des fondamentalistes religieux. Les premières importations de bétail auront lieu dès 1624, ce qui établira le tryptique de survie puis d’extension de la colonie : agriculture, bétail, commerce de la fourrure, le tout sous supervision militaire et pression religieuse, le sabre et le goupillon …

    Nous avons donc notre réponse : oui, Richard J. Maybury a raison, il y a bien eu changement en 1623. Non, il n’y avait pas famine auparavant, et non, le gouverneur Bradford n’ y est pour rien, ce sont les modifications contractuelles entre Londres et la colonie qui ont permis son essor. Pointer le rôle supposé du gouverneur, c’est ne s’intéresser qu’à l’homme de paille, alors qu’il eût fallu investiguer la London Virginia Company et les Merchant Adventurers. Qui a fourni le financement initial, sinon eux ? Qui a approvisionné constamment la colonie en armes et en munitions, sinon eux ? Qui a bénéficié grassement du commerce des fourrures en retour d’investissements, sinon eux ?

    Et qui a réécrit l’histoire de ThanksGiving par décret gouvernemental en 1789 sous la plume de G. Washington ? Certainement pas Richard J. Maybury …

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  16. "les techniques indiennes (indiennes, j’insiste) d’association de cultures, de rotation, d’engrais par les produits marins"; tout cela était déjà bien connu en occident, au moyen orient, en extrème orient... Rien de spécifiquement indien, ...sinon l'art de cultiver le maïs (à supposer que ce fut réellement du maïs, et non du seigle, qui est localement appelé corn, et beaucoup plus adapté au climat du Massachussets, lequel se rapproche de celui de l'Écosse, cf. mon lien supra, ou encore des céréales locales) et la connaissance du terrain, laquelle est primordiale en agriculture. Encore une fois, tu reprends pour argent comptant les données de wiki, comme Maybury l'a fait lui-même apparemment, sans faire de critique interne et sans voir les incohérences; ce que tu apportes dans ton commentaire est très instructif mais ne justifie pas en quoi des marchands incapables de planter un chou sont devenus des agriculteurs chevronnés grâce au free market, ce qui est la thèse bancale de Maybury, à qui je reproche d'avoir remplacé une doxa par une autre doxa. En fait seule ta doc wiki donne la réponse, en plus de ma réponse ci dessus: ils ont importé des compétences et des ressources agricoles,...très loin du free market apportant toutes les solutions.
    Par ailleurs, fêter la fête des moissons fin novembre n'indique pas en soi la culture du maïs: tout est une question de climat.
    PS: le manque de management de la part du gouverneur et l'anarchie (absence d'ordre dasn les faits) ne sont nullement incompatibles
    PS2: d'après tes liens, ce n'est donc pas le socialisme qui fut la cause de la famine, mais des conséquences sanitaires déplorables et le chaos et l'hébétude qui en ont découlé, ce qui infirme la thèse de Maybury une fois de plus... Je vois pour ma part assez mal des paysans partir aussi tard et de manière aussi impréparée pour coloniser une terre qu'ils ne connaissent pas: les paysans sont des long-termistes; ceci est plutôt le comportement de marchands citadins, comme je l'ai expliqué plus haut.
    PS3: renseigne toi sérieusement sur les réseaux libéraux (néolib, néoclassiques, friedmaniens, randiens), tu comprendras les raisons de mes commentaires. Cadeau: qui a financé le célèbre Institut Cato pendant des années? Les frères Koch!... Dis moi qui te paie, je te dirai qui tu es...
    Et j'aimerais bien savoir qui finance Maybury... :(:(:(
    Encore un fois, ce type est aux antipodes de Miles Mathis, sous des fausses apparences de debunker.
    Mais peut-être pourrais-tu demander à Miles son opinion sur le sujet

    amitiés à tous

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  17. PS4:"Pointer le rôle supposé du gouverneur, c’est ne s’intéresser qu’à l’homme de paille, alors qu’il eût fallu investiguer la London Virginia Company et les Merchant Adventurers. Qui a fourni le financement initial, sinon eux ? Qui a approvisionné constamment la colonie en armes et en munitions, sinon eux ? Qui a bénéficié grassement du commerce des fourrures en retour d’investissements, sinon eux ?"
    oui du vrai capitalisme d'investissement, une vrai machine de guerre colonialiste, organisée, structurée, hiérarchisés, spécialisée, subventionnée; rien à voir avec le système initial, rien à voir avec la conversion des premiers occupants du "socialisme" au libertarianisme: on a remplacé des branques incompétents par un système hiérarchisé et organisé autour de la division du travail; c'est à dire que l'on introduit la notion d'ÉTAT ("le tout sous supervision militaire et pression religieuse"), même si celui-ci était privé (notion de firme-état, corporate state). Je te suggère de relire la discussion que j'ai citée plus haut de Michael Hudson, ou il fait la distinction entre le freemarket des libéraux classiques (marché libéré des landlords, des rentiers et du racket des banquiers) de celui des économistes libéraux (juifs) néo classiques, autrichiens,... où l'état est l'ennemi, alors qu'il est un allié dans le premier cas.
    En fait, ce qui montre le mieux que M Maybury est un âne savant ("trained incompétent", et encore, dans le meilleur des cas) est son introduction anachronique de la notion de free market dans son acception "autrichienne"(début XXème) au début du XVIIème, avant même la naissance de Locke, et Hobbes, Pères Fondateurs du libéralisme anglo saxon...
    Un anachronisme que Miles Mathis je pense, n'aurait jamais fait...

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