Bistro Bar Blog

vendredi 2 septembre 2016

Mon week-end avec une renarde

Robert E. Fuller est un peintre animalier anglais. Il nous raconte ici une rencontre pas ordinaire avec une renarde.

Un week-end en compagnie d'une 
renarde très courageuse et très 
mouillée

Par Robert E. Fuller

Traduit par Hélios


J'ai passé ce mois-ci un après-midi sous la pluie dans la Dalby Forest [forêt située au nord du Yorkshire en Angleterre, équipée de pistes cyclables] en essayant de profiter au maximum d'une rare journée en extérieur avec ma famille. Ce qui m'a rappelé l'épisode tout aussi humide d'un camping en juillet il y a deux ans où j'ai passé un après-midi sous l'orage à lancer des biscuits pour chien à une renarde sauvage en admirant sa manière de les rattraper au vol à la manière des chiens.





J'y étais allé après avoir entendu un visiteur d'une de mes expositions parler d'un renard téméraire qui accourait au devant des cyclistes pour réclamer à manger à la manière des bandits de grand chemin et ce sur l'une des principales pistes cyclables de la forêt. Je m'y suis rendu dès mon premier samedi de libre, prêt à camper là-bas pour maximiser mes chances de voir le renard. Ce week-end là s'est révélé être le plus pluvieux de l'été mais il a constitué par ailleurs une étonnante expérience de contact avec un animal.



J'avais pris mon VTT avec moi afin de me mêler aux autres cyclistes. J'ai demandé à plusieurs personnes si elles connaissaient ce renard si déluré. L'une d'elles m'a dit qu'il s'était emparé de saucisses en train de griller sur un barbecue, une autre qu'il dévalisait les voitures à la recherche de nourriture et une troisième m'a affirmé qu'il avait mangé un bonbon dans sa main. Chaque récit plaçait le renard à des endroits différents, j'ai donc sillonné la zone toute la journée.

Vers 16h, je commençais à me décourager. Mais en arrivant au parking, j'ai remarqué un groupe de cyclistes couverts de boue. À cinq mètres d'eux un renard assis les regardait attentivement en quémandant de la nourriture. Je me suis dirigé vers eux et en sortant mon appareil photo j'ai expliqué que j'étais à la recherche de ce renard depuis le matin. Ils m'ont dit qu'il était toujours ici vers 16h juste à l'heure de la fin de leur randonnée à vélo.


C'était une renarde et ses tétines gonflées m'ont appris qu'elle allaitait. Je soupçonnais que ses petits se trouvaient près de là.



J'avais emporté des biscuits pour chien et j'en ai jeté quelques-uns à la renarde. Elle s'est élancée pour les attraper et j'ai commencé à prendre une série de photos en rafale. Quelqu'un du groupe lui a lancé une saucisse à moitié mangée  avant de quitter les lieux. Je me suis bientôt retrouvé seul avec elle. J'ai continué à lui lancer des biscuits et à la prendre en photo dans différentes positions. Elle en a mangé quelques-uns et j'ai noté ensuite qu'elle en faisait une provision dans sa gueule, probablement pour les emporter à ses petits. J'avais bien envie de les voir. S'ils étaient aussi apprivoisés qu'elle, je pourrais faire de superbes photos.

La gueule pleine, elle se dirigea vers des fourrés trop denses pour que je puisse la suivre à vélo. Je faisais un grand détour quand elle apparut devant moi sur la piste, qu'elle traversa pour longer le bord de la piste cyclable. Elle courait en contournant les obstacles, réalisant plusieurs sauts et reprises d'équilibre. C'était un spectacle étonnant de la voir slalomer parmi les obstacles avant de disparaître dans la forêt.

Je n'avais pas vraiment envie de la suivre sur cet itinéraire difficile avec mon vieux vélo et surtout avec un trépied à la main et un sac plein de pesants appareils photo sur le dos. J'ai décidé que la meilleure tactique était de rebrousser chemin vers le parking. Je pensais qu'elle y retournerait sachant que je lui offrais à manger. Comme prévu, elle fut de retour dans les cinq minutes.

Elle emplit de nouveau sa gueule de biscuits et repartit vers ses petits. Je me suis précipité vers le bois à l'endroit où je savais qu'elle traverserait de nouveau la piste et cette fois je la suivis un peu plus loin avant de retourner au parking pour la nourrir lors de son apparition suivante.



À chacune de ses disparitions vers ses petits, je la suivais un peu plus puis rebroussais chemin vers le parking pour la retrouver lors de son retour. En poursuivant ces allées et venues je me rapprochais toujours plus de ses petits. Je les découvris finalement à un bon 500 mètres de là. Je perçus leurs cris caractéristiques puis repérais deux renardeaux qui me regardaient avec beaucoup de circonspection à travers les fougères. Pas du tout comme leur mère.

Il se faisait tard, j'ai donc fait demi-tour pour rejoindre mon campement. En partant j'ai remarqué que l'herbe près de la piste au fond du vallon était aplatie et j'ai compris que c'était probablement là que les renardeaux jouaient. J'étais content d'avoir enfin localisé le repaire.



Il a plu si fort cette nuit-là que j'ai à peine dormi en regrettant amèrement ma décision de camper. Le sol était détrempé, tout était humide et au réveil il bruinait. J'ai plié bagage et je suis retourné vers l'endroit de notre première rencontre et me suis garé. Puis j'ai pris mon vélo pour me rendre à la tanière, muni de mon appareil photo.

La renarde était bien là sur la piste. Elle se tourna vers moi. J'ai tenté de l'amadouer avec des biscuits mais elle était devenue beaucoup plus hésitante maintenant que j'étais près de son repaire et elle ne répondit pas.

À la place elle se retourna et partit vers le vallon. Puis elle se retrouva tout d'un coup entourée de ses trois petits. Ils agitaient furieusement la queue et se précipitèrent vers elle en donnant des coups de langue sur son museau. J'ai essayé de m'avancer tout doucement pour prendre des photos mais elle aboya un cri d'alarme et les renardeaux disparurent instantanément dans la forêt.

Elle se mit à trotter dans la direction opposée, se dirigeant par une piste cyclable escarpée vers un champ. Elle traversa le champ et je l'ai rattrapée au terrain de jeu où elle faisait les poubelles et passait les barbecues en revue. Je lui ai donné quelques biscuits et de nouveau elle partit avec pour retourner vers ses petits. Je ne me suis pas approché des petits cette fois-ci. Il était clair qu'elle ne voulait pas de moi près d'eux.

J'ai préféré la suivre presque toute la matinée dans ses aller-retours. C'était fascinant d'observer un animal sauvage négocier avec les voitures, les cyclistes, les promeneurs de chiens sans se faire particulièrement remarquer et de profiter de toutes les occasions pour obtenir de la nourriture. Les gens ont commencé à installer leur barbecue, j'ai noté qu'elle ne s'intéressait plus aux biscuits pour chiens, mais lorgnait plutôt les steaks hachés et les saucisses.

Vers la fin de l'après-midi les averses tournèrent au déluge. En un bref instant tous les excursionnistes avaient remballé et repartaient chez eux. J'avais l'impression d'être la seule personne qui restait dans toute la forêt. La renarde semblait le réaliser aussi car elle était maintenant heureuse de recevoir de nouveau des biscuits pour chien. Au bout d'un moment elle partit dans les bois et je la perdis de vue. J'étais complètement trempé et je décidais qu'il était temps d'arrêter là pour la journée et je retournais vers mon vélo que j'avais laissé près du terrain de jeux. Mais en y arrivant j'ai découvert la renarde qui rôdait autour de la sacoche de l'appareil photo qui contenait des biscuits.



Je lui en ai donné quelques-uns et elle les emporta une nouvelle fois dans sa gueule. Je retournais à la voiture et, au cas où elle serait encore dans les parages, j'ai allumé le réchaud que j'avais dans le coffre de la voiture et j'ai commencé à cuire quatre saucisses – deux pour moi et deux pour la renarde. Pendant qu'elles grillaient, j'ai commencé à ramasser les détritus.

J'ai été surpris par la quantité de bouteilles de boisson énergisantes qui avaient été jetées. Après avoir collecté quatre sacs de détritus, mes saucisses étaient prêtes. Et sans surprise, la renarde était de retour, et elle essayait de grimper dans la voiture.


Je laissais refroidir ses saucisses pendant qu'elle était assise à me regarder manger les miennes. Mais elle se fatigua d'attendre et commença à fouiller aux alentours. Elle découvrit dans les buissons un sac en plastique avec un sandwich à l'intérieur. Je ne voulais pas qu'elle emporte ce sac à ses petits, je fis donc quelques pas vers elle pour l'inciter à le laisser tomber.

Elle lâcha le sac, je le récupérai et le mit sur le toit de la voiture. Je me suis tourné pour prendre ses saucisses – je voulais me faire pardonner de lui avoir fait peur – mais avant même d'avoir tourné le dos elle avait sauté sur la voiture et escaladait le pare-choc et le capot pour accéder au sac en plastique. Je la fis déguerpir et lui donnais à la place les saucisses.

Un orage se préparait et le vent se mit à tourbillonner autour de moi. J'étais déjà trempé jusqu'aux os, je m'assis donc sur mon pliant sous la pluie battante pour photographier la renarde à bonne hauteur. Elle était patiemment assise devant moi, attendant d'autres biscuits comme le ferait un chien.

Les choses devinrent totalement surréalistes. Alors que des nuages se rassemblaient au-dessus de nous, percés par moment d'éclairs et accompagnés de coups de tonnerre, la renarde vint jusqu'à moi et posa ses pattes sur mes genoux. Elle me regardait dans les yeux et commença à renifler mes poches à la recherche de biscuits. Puis elle se mit à tirer sur le rabat de ma poche et me fit presque tomber de ma chaise pliante. C'était un peu trop près pour que je me sente à l'aise – et pour photographier – je lui ai donc lancé d'autres biscuits en les envoyant un peu à l'écart. Les lançant un par un en l'air, la renarde se tenait assise devant moi et les attrapait au vol avec la pluie qui ruisselait sur elle. C'était une expérience incroyable.

Je suis retourné au même endroit lors de ma visite de la semaine dernière en me demandant si je pourrais retrouver cette renarde effrontée ou ses petits, mais elle n'est plus dans le secteur. Je me demande ce qui lui est arrivé. Ci-dessous figure son portrait, peint à mon retour.


1 commentaire:

  1. Totalement HS : le livre "MK" d'Alexandre Lebreton, dont j'ai parlé sur le BBB, très bien classé dans les ventes d'Amazon. C'est mérité !
    http://mk-polis2.eklablog.com/le-livre-mk-classe-dans-les-best-sellers-en-section-esoterisme-paranor-a126700630

    RépondreSupprimer

Tout commentaire qui se veut une publicité cachée est refusé.