Bistro Bar Blog

mercredi 18 septembre 2013

Vol au-dessus d'un nid de balbuzars pêcheurs (1er épisode)


Je vous avais communiqué à la mi-mai le lien vers une webcam installée en Estonie tout en haut d'un arbre où un couple de balbuzards pêcheurs a établi son nid. Je ne sais pas si certains parmi vous ont jeté un œil de temps en temps sur la webcam, mais moi je l'ai fait presque quotidiennement, et ces beaux rapaces m'ont tenu compagnie jusqu'au début septembre pendant mes divers travaux sur l'ordinateur. Quel privilège.

J'ai pris des photos par impression d'écran et je vais vous raconter, en 5 épisodes, la saga 2013 de ce couple, Irma et Ilmar et de leurs trois petits.

Avant de démarrer, voici quelques renseignements généraux sur les balbuzards, tels que publiés par le site http://podbete.org, qui diffuse la webcam :

L’installation

Les couples ne se forment pas dans les quartiers d’hiver. Sur le site de reproduction, le mâle construit un ou plusieurs nids au-dessus desquels il parade tous les jours pour tenter d’attirer une partenaire. La femelle va en général choisir le nid qui lui semble convenir le mieux, mais il arrive qu’elle reparte. Le mâle peut alors la suivre vers une autre région ou rester pour « proposer » ses nids à d’autres femelles. Si une femelle accepte un nid, elle participera à sa recharge (qui consiste en fait à « rafraîchir » l’ancienne aire) avec le mâle, pour ensuite s’accoupler sur le nid, après que le mâle lui ait proposé un poisson.

L’aire

Le nid est installé sur un site tranquille, élevé, offrant un large champ visuel, souvent à proximité des lieux de pêche, mais pas nécessairement au bord de l’eau : certains couples peuvent se déplacer sur plusieurs kilomètres pour s’alimenter et nichent en pleine forêt, notamment dans des clairières. Le nid est réutilisé pendant plusieurs années successives par le même couple, même après un échec de la reproduction.
L’aire est construite à l’aide de branches mortes collectées sur le sol, à la surface de l’eau, ou sur les arbres. Son centre est garni à l’aide de matériaux plus fins : brindilles, herbes, feuilles, mousse… L’aire atteint 1 m à 1,5 m de diamètre, parfois plus. Sa construction prend 2 à 3 semaines. Elle est rechargée en branches chaque année. À la longue, sa hauteur peut atteindre exceptionnellement 2 m (en région Centre, la plupart des aires sont hautes de 40 à 70 cm). La présence d’aires anciennes conditionne en partie le succès de la reproduction.

La ponte

La ponte compte 2 à 3 œufs, pondus avec un intervalle d’un jour entre chaque œuf. Plus rarement, des pontes de 4 œufs sont observées, d’autres d’1 seul. Comme tous les rapaces diurnes, ils ne font qu’une nichée par an.

L’incubation

L’incubation, prise en charge par les deux parents (surtout par la femelle), dure 37 jours en moyenne entre mi-avril et début mai. Les éclosions n’ont pas lieu en même temps, mais les unes après les autres. Les poussins sont nidicoles, c’est-à-dire qu’ils naissent incapables de se déplacer et de se nourrir par eux-mêmes. La femelle reste au nid en permanence pendant les 10 premiers jours, réchauffant les jeunes. Elle continue à les protéger si nécessaire par mauvais temps jusqu’à 28 jours. Elle se contente ensuite de garder le nid, perchée non loin, et abrite sa progéniture du soleil en lui faisant de l’ombre avec les ailes ouvertes.

L’élevage des jeunes

Les poussins sont nourris par la femelle, le mâle se chargeant d’apporter les proies au nid : de 4 poissons par jour durant les 10 premiers jours, à 4-5 durant les 10 jours suivants, pour atteindre 5 à 7 poissons jusqu’à l’âge de l’envol, qui a lieu quand les jeunes ont en moyenne 51 à 53 jours (en juillet-août). Le mâle passe alors souvent en vol près de l’aire, avec une proie dans les serres pour inciter les jeunes à quitter le nid.
Après l’envol, les parents les nourrissent durant encore un bon mois. Les jeunes sollicitent surtout le mâle, qu’ils observent pêcher. Ils ne seraient capables de pêcher correctement que 7 semaines après avoir quitté le nid, où ils reviennent dormir pendant quelques jours à quelques semaines. Le mâle y apporte encore régulièrement du poisson vivant.
La famille peut rester unie jusqu’en automne (jusqu’en juillet-août dans le Centre). La femelle quitte le site de reproduction la première, suivie de peu par les jeunes. Le mâle part le dernier.

Statut de l’espèce

Dans les années 1950-1970, le balbuzard a été menacé d’extinction dans plusieurs régions du monde, l’espèce n’étant pas capable de produire assez de jeunes pour maintenir ses populations. Ceci était dû à la fragilisation des œufs à cause d’une accumulation de DDT dans l’environnement. Depuis l’interdiction du DDT dans de nombreux pays au début des années 1970, jointe à la diminution des persécutions, le balbuzard, tout comme d’autres espèces menacées d’oiseaux de proie, est en train de reconstituer ses populations.

En France

Disparu de France au cours du 19ème siècle, le rapace avait trouvé un dernier refuge en Corse, où il ne subsistait que 3 couples en 1974. La forêt d’Orléans au Nord de la ville d’Orléans, dans le département du Loiret, accueille depuis les années 1980 la nidification du Balbuzard pêcheur, marquant le retour du rapace en France après des décennies de déclin.
Les deux noyaux de populations sont désormais suivis par la mission Rapaces de la Ligue pour la protection des oiseaux. Le noyau en région Centre compte une vingtaine de couples reproducteurs et en moyenne 25 couples reproducteurs pour la population Corse. La population continentale commence très lentement à essayer de reconquérir certains secteurs. En 2005, un couple de balbuzards a réussi une première nidification en Île-de-France dans l’Essonne, soit à 85 km du noyau de la région Centre. Le couple, toujours présent en 2006, a produit cinq jeunes à l’envol en deux saisons. D’autres essais d’installation se sont pour le moment soldés par des échecs, par exemple en Maine-et-Loire, Bretagne, Provence-Alpes-Côte d’Azur.


*****************

Pour le couple que vous allez découvrir, les oiseaux sont bagués et le mâle porte un émetteur entre ses ailes (objet blanc bien visible sur certaines photos) pour un repérage par satellite, qui, dans le cadre d'un recensement de ces rapaces, permet de les suivre dans leur migration.

Pas toujours facile d'aller installer une webcam ou d'aller baguer les petits :




Voici pour les oiseaux qui nichent en Estonie l'été le trajet accompli (quel voyage ! Mais il se fait par étapes) :



Dans le prochain article, les premières photos.

3 commentaires:

  1. pour la vidéo suivante, ce n'est pas un balbuzard mais un aigle, mais la vue doit être la même:
    https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=G3QrhdfLCO8

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. D'après le titre de la vidéo, c'est un aigle. Le collectif podbete dit que l'implantation du balbuzard dans les Alpes a été pour l'instant un échec.

      Supprimer
  2. Merci de nous faire partager ça !

    RépondreSupprimer

Tout commentaire qui se veut une publicité cachée est refusé.