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jeudi 17 mai 2012

Japon, 17 mai 2012 + suite


Débris radioactifs : la ville de Kitakyushu va faire des tests d'incinération, les premiers à Kyushu

Kitakyushu a été lourdement polluée dans le passé par de nombreuses aciéries et autres industries lourdes. Aujourd'hui le gouvernement est impatient de prendre le risque de polluer la ville avec des matériaux radioactifs.

D'après quelques tweets des habitants de la ville qui ont contacté le gouvernement local et parlé avec ceux de la division qui gère l'incinération des débris, le gouvernement national a exercé une forte pression sur la ville pour procéder à des tests d'incinération et à l'acceptation des débris (ce qui était couru d'avance).

Kitakyushu, qui signifie littéralement ''ville au nord de Kyushu'', se situe dans la partie la plus septentrionale de l'île de Kyushu. C'étaient au départ 5 villes séparées, mais elles se sont regroupées en une ville géante en 1965 pour les avantages supplémentaires d'être une ''ville désignée par décret''. C'est la plus grande ville de l'ouest du Japon. Selon le site de la ville, elle veut être la ville la plus écologique du monde.

D'après le Yomiuri Shinbun (16 mai 2012) :
Kitakyushu a décidé de mener des tests d'incinération des débris de la catastrophe venant d'Ishinomaki dans la préfecture de Miyagi, entre le 23 et le 25 mai. Le maire Kenji Kitahashi a annoncé le programme pendant la conférence de presse du 16 mai. Elle sera la première à l'ouest de Kansai à accepter formellement les débris après les tests.

Les débris feront 80 tonnes, pour la plupart des débris de bois. Le tri a démarré à Ishinomaki dès le 15 mai et les débris arriveront à Kitakyushu par voie terrestre le 22 mai.

Les débris seront mélangés avec les déchets ménagers ramassés dans la ville. Dès le 23 mai, 32 tonnes de débris seront brûlés à l'usine d'incinération de Hiagari dans le district de Kokura Kita de la ville, et 48 tonnes à l'usine de Shin Moji dès le 24 mai. Ils brûleront les débris pendant 24 heures avant de mesurer la radioactivité des cendres pour voir si elle contient moins de 330 Bq/kg [de césium radioactif], la propre norme de la ville pour enfouir les cendres. Les cendres [du test d'incinération] seront stockées dans un entrepôt de Kokura Kita. Si la ville accepte officiellement les débris, les cendres seront enfouies dans un site final du district de Wakamatsu.

La proportion de mélange est de 9 (déchets ménagers) pour 1 (débris), selon l'article du 2 mai du Yomiuri Shinbun. Les cendres provenant des déchets ménagers de Kitakyushu ne contiennent pas de césium radioactif au-dessus des taux de détection, selon les mesures faites par la ville.
À en juger par le fait qu'ils vont incinérer pendant 24 heures de suite, les incinérateurs doivent être adaptés pour fonctionner correctement.

Selon les données du ministère de l'environnement, les débris de bois propres à Ishinomaki contenaient 35 Bq/kg de césium, mais les débris venant de la péninsule de Ojika avaient 85Bq/kg de césium. Si les débris testés brûlent en fines particules (moins de 5 mm), ils testent respectivement 207 et 360 Bq/kg.

Ils vont donc utiliser combien de camions spéciaux pour transporter les débris d'Ishinomaki à Kitakyushu ? 1700 km ? (Kitakyushu est beaucoup plus près de la Corée que Ishinomaki) Le coût du transport est payé par le gouvernement national (c'est à dire les contribuables japonais, que cela leur plaise ou non), bien sûr.

Débris radioactifs de Kitakyushu (mise à jour) : ils accepteront et incinéreront de toutes façons, quel que soit le résultat des tests

Dans l'article précédent, j'écrivais :

Ils brûleront les débris pendant 24 h avant de mesurer la radioactivité des cendres pour voir si c'est en dessous de 330 Bq/kg de césium, la propre norme de la ville pour l'enfouissement des cendres.
Un citoyen inquiet a appelé le bureau de l'environnement de la ville et a parlé avec l'un des responsables, qui lui a dit :
Même si la radioactivité des cendres volantes dépasse 330 Bq/kg, ou que celle des eaux résiduelles après traitement dépasse la norme de sécurité de 10 Bq/kg, cela n'arrêtera pas l'incinération à grande échelle. La mesure de radioactivité du test n'est faite que pour étudier les effets sur l'environnement.

La seule condition pour qu'une incinération à grande échelle ne se fasse pas serait qu'on mesure une radioactivité extrêmement élevée ou que l'incinérateur tombe en panne ou qu'il y ait une détérioration visible de l'environnement. Je suis stupéfait de cet incroyable arrangement. Pas l'intention d'arrêter les tests. Il a dit que le résultat du test sera totalement divulgué, pour que la ville ne soit pas accusée de cacher les données.

Centrale de Fukushima : troisième visite de la presse le 26 mai avec une possibilité d'accès au réacteur 4

On dirait que TEPCO et le gouvernement autorisent la presse à l'intérieur de la centrale tous les trois mois. La première visite en novembre l'an dernier n'était que pour les journalistes et les cameramen qui appartiennent aux clubs de la presse (japonaise et étrangère). La deuxième en février a autorisé les médias indépendants. Le troisième permettra à nouveau les médias indépendants.
Ce qui est différent cette fois est que, selon l'ouvrier qui tweete depuis Fuku I :
  • Goshi Hosono, ministre de l'environnement et chargé de l'accident nucléaire, fera la visite avec la presse ;
  • Ils sortiront du bus près du bâtiment du réacteur 4 ;
  • Hosono et les représentants de la presse pourront peut-être monter dans le bâtiment du réacteur pour voir les travaux de renforcement sous la piscine de refroidissement, et accéder aux étages supérieurs.
L'ouvrier qui tweete depuis Fuku I pense que la raison de la venue de Goshi Hosono pourra dissiper les rumeurs circulant autour du monde à propos du bâtiment du réacteur 4 qui prend de la gîte (qui de toutes façons penche, pas loin de l'effondrement). Mauvais choix, car Hosono est bien la dernière personne que les gens vont croire. Mais cela mis à part, l'ouvrier ne semble pas particulièrement soucieux pour le réacteur 4 (il ne l'a jamais été). D'après ses tweets :
Les gens dans le monde font tout un tas d'histoires pour l'unité 4, mais je pense que ce serait la même chose pour les bâtiments des autres réacteurs en cas de séisme. Les autres unités possèdent aussi du combustible usagé, et le pire ici c'est qu'il y ait toujours du combustible à l'intérieur des réacteurs. Les unités 1 et 3 ont aussi explosé mais elles n'ont pas été renforcées. Il y a eu plusieurs séismes d'intensité de 5, mais par chance il n'y a pas eu de problèmes. J'avais un peu peur...

Ce n'est pas que je sois optimiste. Personne ne sait ce qui arrivera avec un séisme d'intensité 7. Mais il n'y a pas que l'unité 4 qui est dangereuse. Elles le sont toutes. Ils vont commencer à enlever le combustible usagé de l'unité 4 à l'automne de l'année prochaine, mais il n'a pas encore été décidé de la date d'enlèvement du combustible pour les autres unités.

Le journaliste indépendant Ryuichi Kino tweetait qu'il allait prendre un ''billet de loterie'' pour aller à la centrale...
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J'ai oublié de vous signaler les beaux mais tristes textes de Aizu Taro, natif de Fukushima, que Pierre Fetet a posté sur son blog.
Il évoque entre autres la sinistre fin d'un éleveur de vaches :
Un laitier habitait dans un petit village près de la centrale nucléaire de Fukushima avec sa femme philippine et ses deux fils. Sa famille était très heureuse, puisqu'il possédait environ 40 vaches et
travaillait bien avec sa femme tous les jours.
Il a construit un nouvel atelier pour gagner plus d'argent, parce que ses fils étaient très jeunes. Il avait préparé un nouveau cartable pour son fils, et attendait que la cérémonie d'entrée à l'école primaire se tienne en avril quand les fleurs de cerisiers s'épanouissent autour de la cour d'école. 
Mais il y a eu une explosion  à la centrale nucléaire de Fukushima, suite au grand tsunami qui a frappé la région le 11 mars 2011. Le vent a dispersé le césium de la centrale à travers les champs, montagnes et maisons de son village. Le lait de ses vaches contenait beaucoup de césium, car il les nourrissait avec l'herbe qu'il fauchait chaque matin. Il a dû jeter tout le lait contaminé par le césium chaque jour.
Étant inquiet pour la santé de ses deux fils, il a fait fuir sa famille du village et l'a fait partir pour les Philippines au milieu du mois d'avril. C’était avant la cérémonie d'entrée à l'école primaire.
Comme résultat, l'explosion de la centrale l'a empêché de participer à la cérémonie d'entrée.
 
Il est resté tout seul et a continué à travailler à Fukushima pendant quelque temps. Mais enfin ila renoncé à traire ses vaches et il a rejoint sa femme et ses fils aux Philippines.
Pourtant, il n'a pas pu comprendre la langue, ni trouver du travail là-bas. Il est revenu à Fukushima tout seul en mai. Cependant il n'y avait plus aucune vache, ni sa famille dans son village.

Le laitier a laissé ce message sur un mur dans son nouvel atelier, "si la centrale n'avait pas explosé, je ne me serais pas suicidé."

Il avait 54 ans.

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