Bistro Bar Blog

jeudi 22 décembre 2011

Japon, 22 décembre

Un champ de tours de césium


Niveler le sol, couler une dalle de béton, empiler plein de sacs de sable. Technique décidément conventionnelle. Et cela va durer un temps infini. Selon TEPCO, à la date du 20 décembre, le nombre total de tours de césium usagées (Kurion et Toshiba) était de 316, avec une capacité de stockage de 393, et le nombre de tours a quadruplé depuis les semaines précédentes. Même avec ce rythme lent, le stockage aurait été complet en 19 semaines ou environ 5 mois. Il y a donc urgence à construire des espaces de stockage supplémentaires.

Une aire pour Kurion (capacité de 544 tours), une autre pour le SARRY de Toshiba (200 tours). D'après ce qu'on peut voir, TEPCO déplacera les tours usagés de l'espace temporaire de stockage actuel pour ces nouvelles installations temporaires de stockage. Cela signifie que le stockage du Kurion sera déjà rempli de plus de la moitié (actuellement 288 tours), et que celui deToshiba sera déjà rempli à plus de 10% (actuellement 28 tours).

Pourquoi ont-ils besoin de deux aires séparées pour Kurion et Toshiba sur le même site ? Parce que la taille des tours à césium de ces sociétés est trop différente, comme on peut le voir sur le schéma de TEPCO ci-dessous. La tour Kurion a environ 2,40 mètres de large (probablement fabriquée en inches et feet) et celle de Toshiba 3,80 mètres de large (probablement construite en cm et mètre). Il semble que les tours du SARRY de Toshiba n'ont pas besoin de couvercle en béton au-dessus, ils doublent donc la hauteur du support pour les tours SARRY et utilisent des panneaux de béton pour créer un conteneur sécurisé pour les tours Kurion.

Ah, la longue route sans fin pour la restauration à la centrale de Fukushima.


D'après
TEPCOHYPERLINK "http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/images/handouts_111221_01-e.pdf"'HYPERLINK "http://www.tepco.co.jp/en/nu/fukushima-np/images/handouts_111221_01-e.pdf"s press release le 21 décembre, on voit ce schéma de l'installation: 

Une dalle de béton de 30 cm d'épaisseur au-dessus d'une sorte de substrat. Cela n'inspire pas la sécurité, si on regarde la récente fuite du condensateur (désalinisation), dont le périmètre de béton s'est fissuré parce que le béton n'avait pas assez durci.

L'installation en gros plan :




TEPCO et le gouvernement japonais ont publié une “feuille de route” à moyen/long terme pour le démantèlement des réacteurs 1 à 4 de la centrale

en espérant qu'ils seront depuis longtemps à la retraite et partis avant d'avoir à faire face à un sérieux bazar comme d'enlever le corium de quelque part dans la profondeur des bâtiments des réacteurs (si tout va bien). Ou de dégager le combustible usagé de la piscine du réacteur 3 (s'il en reste).

Le titre de la feuille de route ne dit rien à propos des réacteurs 5 et 6. Il dit :

« Feuille de route à moyen/long terme pour le démantèlement des réacteurs 1 à 4 et autres travaux à la centrale nucléaire de Fukushima I »

Il n'est publié actuellement qu'en japonais, disponible au ministère de l'économie, du commerce et de l'industrie, à la section publication.

Jetons un œil à la page 5 du résumé avec de jolies images dessinées par TEPCO. Comme vous avez pu le deviner, tout n'est qu'une plaisanterie, ou basé sur des pensées d'espoir et de souhaits, parce que les nombreuses technologies requises pour n'importe quel travail dont TEPCO fait la liste comme nécessaires au démantèlement de la centrale ne sont pas encore développés.

C'est immédiatement évident à la page 5, où TEPCO expose le travail à faire sur le site (flèches de couleur beige) et la programmation nécessaire (flèches jaunes pales) pour enlever les « débris de combustible » (corium) des réacteurs, et démanteler les réacteurs. ''HP'' sur la carte signifie ''point de prise de décision'' :







D'un autre côté, TEPCO semble penser qu'enlever le combustible usagé des piscines sera une tâche facile – 2 ou 3 ans planifiés, et enlèvement du combustible après 2016. Comment ? Voici ce qu'imagine TEPCO :


TEPCO pense que le plus facile sera la piscine du réacteur 4, suivie de (croyez-le ou non) celle du réacteur 3. Ils espèrent démarrer l'enlèvement du combustible de la piscine du réacteur 4 d'ici deux ans, et de la piscine du réacteur 3 d'ici trois ans.
Comment procéder à l'enlèvement des ''débris de combustible'' ? Le processus dépend entièrement de technologies en développement – décontamination télécommandée, réparations de l'enceinte de confinement télécommandées, contrôle de l'intérieur de l'enceinte de confinement télécommandée et enfin enlèvement des débris. Une chose drôle concernant les jolies images que TEPCO a dessinées pour la présentation est que la compagnie décrit toujours les ''débris de combustible'' (corium) reposant sagement sur le sol de béton de l'enceinte de confinement. TEPCO a admis la possibilité que le corium se trouve au moins à 65 cm dans le béton et d'autres chercheurs ont dit qu'il peut se trouver jusqu'à 2 mètres.
Dans les deux premières, j'ai remarqué un petit personnage à l'intérieur du bâtiment du réacteur. TEPCO prévoit donc d'envoyer des ouvriers en carbone pour faire la décontamination et les réparations de l'enceinte de confinement avec une radioactivité extrêmement élevée. La compagnie semble en outre vouloir penser que quel que soit les dégâts de l'enceinte de confinement, c'est par là qu'on peut accéder et non par le soubassement. Le seul travail dans le soubassement sur ces images est d'arrêter l'eau qui coule du soubassement du bâtiment du réacteur vers le soubassement du bâtiment de turbine.

Les officiels de haut rang du gouvernement US étaient dans le coup de la déclaration par le premier ministre Noda de ''l'état d'arrêt à froid'' et de la ''fin de l'accident''. Ils étaient probablement accompagnés des gens de l'industrie nucléaire et de consultants en nucléaire qui voulaient un morceau du travail de démantèlement qui est garanti durer au moins 30 ans.

Il n'y avait pas que des consultants en industrie nucléaire à Tokyo, mais au moins des gros bonnets de l'énergie alternative; l'institut Amory Lovins des montagnes rocheuses pressait le gouvernement et le peuple japonais de dépenser beaucoup d'argent pour les énergies alternatives tout en disant aux japonais qu'ils n'auraient pas suffisamment d'énergie. Il est possible qu'il lorgne sur un projet du gouvernement pour une énergie alternative non-nucléaire. Il a dit que le Japon devrait investir beaucoup d'argent dans les énergies alternatives et la conservation de l'énergie, et faire une grande contribution au reste du monde en partageant le résultat.

J'ai bien peur que les japonais en aient assez d'être des citoyens du monde exemplaires, surtout quand ils ont déjà tant à faire dans leur propre pays.


Deutsche Welle : "La centrale de Fukushima est loin d'être 'froide' "

Le point de vue du Deutsche Welle allemand sur la déclaration de Noda de "l'état d'arrêt à froid" à la centrale de Fukushima est plus sévère que celui du New York Times.

Alexandre Freund du bureau asiatique du Deutsche Welle, dit que ce n'est pas la centrale qui a été stabilisée et sous contrôle :

« Les lobbyistes de l'énergie nucléaire sont les seuls qui peuvent donner du crédit à la stabilisation de leur propre situation et mettre un gouvernement sous contrôle. »

Assez dit.
Du Deutsche Welle (16 décembre) :
Le gouvernement japonais a déclaré avoir atteint un arrêt à froid à Fukushima. Mais les experts sont sceptiques et pensent que cela pourrait prendre 40 ans pour mettre la situation sous contrôle.
Les gros titres japonais semblent sûrement bons : Fukushima est sous contrôle, la centrale délabrée est stable. Mais ces gros titres ne sont rien de plus qu'un euphémisme. La situation à Fukushima n'est nulle part près d'être sous contrôle.
TEPCO l'opérateur de la centrale nucléaire et le gouvernement japonais ont annoncé à la fin de l'été qu'ils auraient la situation sous contrôle – ou arrêt à froid – à la fin de l'année. Pour un « arrêt à froid », la température à l'intérieur des bâtiments de réacteurs doivent être en-dessous de 100°C. Mais ce n'est que le début – le départ d'un point à partir duquel la centrale peut être désassemblée.
Ainsi en est il de la théorie. Mais les experts disent que cela pourrait prendre 30 autres années avant que la centrale puisse être équilibrée. Les experts pensent que des éléments des barres de combustible ont fondu en traversant le sol du RPV et gisent maintenant au fond et qu'ils sont loin d'être ''froids'', mais qu'ils sont toujours autour d'une température de 3000°C.
Dire que la situation actuelle à Fukushima est un arrêt à froid est donc irresponsable. Mais que font d'autre le gouvernement et TEPCO ? Ils espèrent pacifier la population en parlant d'un arrêt à froid, mais ça ne marche pas. Les japonais sont exaspérés – neuf mois après le séisme et le tsunami qui ont conduit à la fusion de la centrale Daichii – TEPCO parlait d'une fission nucléaire dans le réacteur 2 il y a juste deux semaines. La radioactivité est toujours extrêmement élevée à la préfecture de Fukushima et de l'eau contaminée s'écoule toujours dans la mer. On trouve aussi de forts taux de radiations dans le riz, la viande, les légumes, les produits de la mer, le lait, le thé. Et des milliers de gens ont été déplacés à cause de la catastrophe nucléaire et vivent encore dans des abris d'évacuation. Ils recevront un petit quelque chose en compensation – mais ce sera payé par les contribuables japonais et non par TEPCO.
Rien n'est sous contrôle – fait inévitable connu de nombreux japonais. Leur scepticisme et méfiance sont parvenus au point que beaucoup font leur propre mesure à l'aide de compteurs Geiger et de dosimètres. Un certain nombre de gens a commencé à poster leurs découvertes sur Internet. Et on peut y voir sur une carte du Japon les mesures de radioactivité faites dans le pays. C'est important parce que ce ne sont pas seulement ceux de Fukushima qui sont touchés, comme les mesures l'ont montré. Tout cela a secoué un peuple qui donne traditionnellement une grande importance au respect de l'autorité. Et aucun gros titre positif en cette fin d'année ne va l'améliorer.
Parce qu'il n'y a aucun réel progrès à rapporter. Le nouveau gouvernement japonais avec le premier ministre Noda, qui est en fonction depuis septembre 2011, n'a pas passé le ''stress test'' non plus. Le précédent PM Kan a dû démissionner, car son gouvernement, qui a failli au moment nécessaire, est tombé en croisant le fer avec les puissants lobbyistes du pouvoir nucléaire en allant vers des énergies renouvelables. Les lobbyistes de l'énergie nucléaire sont les seuls qui peuvent donner du crédit à la stabilisation de leur propre situation et mettre un gouvernement sous contrôle.

J'ai remarqué que les allemands semblent moins sévères avec l'ex PM Kan que la plupart des japonais, parce que Kan a fait une ouverture vers une politique anti-nucléaire et des énergies alternatives.

1 commentaire:

  1. Simple observation !

    Un petit tsunami de 15 mètres et hop tout va à vau l'eau !!!!

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