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lundi 12 décembre 2011

Japon, 12 décembre

Au fait, cela a fait 9 mois hier...

EX-SKF


Moment de vérité pour le responsable n°3 au ministère de l’environnement : “ Personne ne croit aux mesures de radioactivité du gouvernement national ”

Satoshi Takayama, 41 ans, est le responsable n°3 en dessous du ministre (Goshi Hosono) et du ministre adjoint (Katsuhiko Yokomitsu, ancien comédien) au ministère de l’environnement. Dans un rare moment de lucidité, lors d’une conférence de presse à Shizuoka, Takayama laissa échapper, “ Personne ne croit aux mesures du gouvernement national. ”

La raison de sa présence à Shizuoka était de persuader les municipalités locales (il y en a 35) d’accepter des débris radioactifs de la catastrophe en provenance de villes de la préfecture d’Iwate.
Voyons, va-t-il garder longtemps son job ?
Du Mainichi Shinbun (10 décembre) :

Matériaux radioactifs : “ Personne ne croit aux mesures du gouvernement national ”, dit le ministre de l’environnement.

Le secrétaire du parlement pour le ministère de l’environnement, Satoshi Takayama a tenu une conférence de presse le 10 décembre à Shizuoka et a dit des mesures de radioactivité des débris du 11 mars, “ personne ne croit aux mesures du gouvernement national. Nous mesurons, mais nous aimerions que les municipalités locales mesurent aussi. ”

Le gouverneur adjoint de Shizuoka, Shinichi Omura, qui assistait à la conférence de presse avec Takayama, était visiblement ennuyé quand le Mainichi Shinbun lui a demandé des explications concernant la remarque du secrétaire à la conférence de presse. “ Dire que personne ne croit aux mesures du gouvernement, c’est ébranler la fondation même de la norme de sécurité. ”
Le gouvernement national a pressé les municipalités du Japon d’accepter les débris s’ils étaient prouvés sans danger. La préfecture de Shizuoka a déjà décidé de mener sa propre enquête de radioactivité pour être sûre de son innocuité en acceptant les débris.
Avant la conférence de presse du 10 décembre, le gouvernement préfectoral de Shizuoka s’est réuni avec des responsables des municipalités et a expliqué la politique du gouvernement. Le secrétaire du parlement Takayama a été interrogé sur l’attitude du gouvernement national lors de la conférence de presse.

Ébranler la fondation même de la norme nationale de sécurité, dit le gouverneur adjoint.
Oh, y avait-il une fondation ?
En contrôlant rapidement le CV du gouverneur adjoint sur le site de la préfecture de Shizuoka, c’est un bureaucrate de carrière du gouvernement national envoyé dans les municipalités locales pour assister le gouvernement local. Il est allé à Hokkaido, Gifu, Kitakyushu, Shizuoka, et entre ses missions il retourne aux ministères du gouvernement national pour quelques années et prend du galon. L’autre gouverneur adjoint de Shizuoka est un bureaucrate local qui a travaillé au gouvernement préfectoral pendant toute sa carrière.
C’est la préfecture dont le gouverneur diplômé d’Oxford, Heita Kawakatsu, est devenu fou à propos des thés radioactifs, accusant tout le monde de répandre des “ rumeurs sans fondement ” sur les thés.
Le 10 novembre, après que le gouverneur Kawakatsu ait exprimé son fort désir de participer avec les zones affectées par le désastre pour recevoir les débris, les maires de 35 municipalités de Shizuoka ont fait une déclaration disant qu’ils feraient de leur mieux pour réaliser les désirs du gouverneur.
New York Times : le Japon divisé sur l’espoir d’un vaste nettoyage de la radioactivité

Un article très bien écrit en date du 6 décembre par Martin Fackler dans le New York Times. J’ai traduit cet article et l’ai posté sur mon blog japonais, mais la futilité de la soi-disant “ décontamination ” est bien résumée, pour moi, par une photo qu’a mis le New York Times en tête de page :

Même l’ardent supporter du retour des habitants grâce à la décontamination des villes et cités, le Pr Tatsuhiko Kodama de l’université de Tokyo, a ceci à dire :

“ Je pense qu’il est possible de sauver Fukushima ”, a dit son supporter, Tatsuhiko Kodama, directeur du centre des radioisotopes à l’université de Tokyo. “ Mais de nombreux habitants évacués doivent accepter que cela n’arrivera pas dans leur vie. ”

L’article identifie correctement l’urgence ou l’obsession japonaise pour la “ décontamination ” comme une guerre “ par procuration ” - pour prouver que le Japon toujours une importance mondiale en montrant une renaissance par détermination et technologie de pointe.
Bon, la technologie de pointe, nous la connaissons maintenant, consiste en laveurs à haute pression, ramasseurs de feuilles, gants et bottes, gratteurs de sol, bulldozers, pelles et main d’oeuvre exposant des citoyens ordinaires bénévoles au niveau de dosage de radioactivité annuelle d’un ouvrier nucléaire d’avant-Fukushima. (50 millisieverts)
Détermination, oui. Mais cela ressemble à se battre contre un B29 (bombardier de la 2ème guerre mondiale) avec des flèches de bambou. On pourrait dire que c’est totalement dans la ligne de ce que disait le Dr Yamashita aux habitants de Fukushima quand le nuage radioactif sillonnait la ville le 21 mars - “ Si vous souriez, la radioactivité n’ira pas sur vous. ”Suit le long article du NYT, que je n’ai pas le temps de traduire pour l’instant...
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Une vidéo que vient de poster Kna60 sur Youtube :

M.Gundersen M.Kaltofen - Où vont les radiations de Fukushima, en quoi est-ce important ? 02.05.2011

Maggie Gundersen, la fondatrice de Fairewinds, interroge le scientifique et ingénieur Marco Kaltofen à propos de ses analyses en cours des retombées radioactives de Fukushima :
- exposition externe et interne
- différences par rapport à une radiographie, un voyage en avion
- étendue et importance de la contamination
- impact sur les cultures, le jardinage
- quelles mesures devraient être prises, par les pouvoirs publics, les particuliers ...

Vidéo originale : http://fairewinds.com/node/160
Remerciement spécial à Hussardelamort pour son aide à la transcription,
transcription traduction & sous-titrage par mes soins.

(Désolé si cette vidéo semble un peu.. speed, j'ai dû la raccourcir à 15 minutes au lieu de 17m41, merci YouTube !!)

7 commentaires:

  1. Merci de cette vidéo "éclaircissante" et de sa traduction.

    Pour préciser deux points importants, que le chercheur n'avait pas le temps d'aborder :

    - A ma connaissance, le problème particulier posé par des particules type américium, émetteur alpha, absorbées par ingestion ou inhalation, c'est que leur faible rayon d'irradiation - continuellement mis en avant par les "rassureurs professionnels" ("une feuille de papier suffit à arrêter le rayonnement alpha")comme gage d'innocuité - se retourne contre elles lorsque la particule est incorporée.

    Plus le rayon d'action de la particule incorporée au vivant est faible, plus fort est l'abandon d'énergie dans la proximité cellulaire de celle ci, plus important est donc le dégat potentiel local.

    - Une ambiguïté :
    Seule une certaine proportion de particules aborbées (inhalation, ingestion, plaie)n'est pas excrétée rapidement par la respiration, les urines et la sudation.
    Cette fraction, incorporée dans certains tissus, en est éliminée progressivement (environ un mois, semble-t-il pour le césium 137 qui se fixe surtout dans les muscles).
    Il existe donc une façon de compter cette élimination régulière progressive de la particule, comme il existe une façon de compter sa transformation non radioactive. C'est la demi-vie biologique, par analogie avec la demi-vie radioactive.

    Cependant ces deux manières - commodes - de compter, sont trompeuses car elles induisent l'idée d'une disparition du corps observé. La "parabole" de l'escargot montre que ce n'est pas si simple :

    La demi-distance de l'escargot :
    Un escargot se trouve à 10 m d'un mur. Il parcourt chaque jour la moitié de la distance qui lui reste à faire. En combien de temps atteindra-t-il le mur ?
    Réponse : jamais puisqu'il lui reste toujours une fraction de distance à parcourir.

    Delphin

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  2. @Delphin : merci pour ces précisions qui semblent éclairées (mes lacunes en la matière ne me permettent pas d'en juger exactement)
    Si je comprends bien, les particules émettrices alpha à l'intérieur du corps sont plus susceptibles de causer des dégâts strictement locaux importants ? Tumeurs, hémorragies internes ?
    Et les particules au rayonnement plus "pénétrant" cuasent plus de dommages en profondeur, altération ADN même sans contact direct ? Exemple, anomalies congénitales si le foetus a été exposé ?

    A quoi tient la quantité d'énergie rayonnée sinon, à la nature de la matière émettrice elle-même (on va dire le jour J, et pour une même masse) ?

    Pour la parabole de l'escargot, tout n'est-il pas une question d'échelle ? (pas avec des barreaux, pauvre bête !)
    La distance entre le mur et l'escargot tend à devenir infiniment petite, et il va bien falloir admettre à un certain moment, que la "proximité" est suffisante pour considérer qu'il y a contact.

    Pour ce qui est des humains et des diverses matières radioactives et leur rayonnement, sur quoi se base-t-on finalement pour déclarer un niveau dangereux ou inoffensif ?
    Je ne parle pas les valeurs "officielles" qui jouent au yoyo faute de pouvoir agir sur les causes. Et je me doute qu'une foule de paramètres entrent en jeu. Mais existe-t-il des bases, un consensus, des observations de situations réelles ou résultats expérimentaux, qui déterminent pour chaque matière le niveau d'exposition à ne pas dépasser ?
    sur quels critères sont fixés ces niveaux ?

    Kna.

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  3. Réponse à Kna, en deux parties, pour ne pas dépasser les 4096 caractères :

    "@Delphin : merci pour ces précisions qui semblent éclairées (mes lacunes en la matière ne me permettent pas d'en juger exactement)"
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    Rassurez-vous, les débats entre spécialistes sur le sujet font rage. Il faut également garder à l'esprit que les enjeux économiques et financiers sont énormes.

    Citation : "Si je comprends bien, les particules émettrices alpha à l'intérieur du corps sont plus susceptibles de causer des dégâts strictement locaux importants ? Tumeurs, hémorragies internes ?"

    Dans le domaine dit des "faibles doses", duquel nous parlons (moins de 100 millisieverts par an), les dégâts éventuels engendrés par des particules alpha (plutonium, américium...) incorporées dans des tissus se manifestent au bout de quelques années à quelques dizaines d'années sous forme de cancers, atteintes cardiaques, retards mentaux etc.

    Ces manifestations pernicieuses sont aléatoires, c'est pourquoi il n'est pas possible de les appréhender sur un individu, mais sur un groupe important de personnes, exactement comme le tabagisme. Ca signifie que certaines personnes ne semblent pas affectées par l'incorporation, ni leur descendance, au contraire d'autres. Etre enfant en bas âge, comme pour tous les polluants, augmente le risque (division cellulaire accélérée).

    Les émetteurs alpha sont certainement les plus nocifs des rayonnements dans le cadre d'une contamination.

    Voici une phrase extraite de la conférence internationale MELODI sur le sujet de 2010, elle a ceci de particulier d'avoit été prononcée par une personne du sérail : (déjà cité)
    ""Aussi faible soit la dose, le risque existe", résume Sylvie Chevillard, chef du service de radiobiologie expérimentale du CEA."
    Source : "La Gazette nucléaire" n°258 : http://resosol.org/Gazette/2010/258p30.html#MELODI

    (suite à venir)

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  4. (suite réponse Kna)

    (ma référence précédemment incomplète : http://resosol.org/Gazette/2010/258p30.html#MELODI)

    Au sujet des perturbations observées sur le matériel génétique, ultérieurement pernicieuses ou non :

    (copie d'une réaction précédemment postée sur le "Blog de Fukushima")
    FAIBLES DOSES : (Les citations du Dr Behar sont entre guillemets, il est ici question de doses inférieures à 10 millisieverts))

    "Dr Abraham BEHAR
    AMFPGN
    (Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire)"

    "Pour les autorités nucléaires françaises et internationales, le dogme central de la radiobiologie est basé sur les effets des rayonnements ionisants sur l'ADN des chromosomes situés dans le noyau de la cellule. Les cassures de l'ADN sont à l'origine de la mort programmée de la cellule ou de sa survie si la dose n'est pas trop importante et si la réparation de l'ADN intervient. Si la réparation est «fautive», elle peut être au départ du processus de cancérogenèse. Les effets sur la cellule sont fonction de la dose de radioactivité reçue. Quand la dosimétrie égale zéro ou est très basse, les autorités en concluent qu'il ne peut y avoir d'effets sur la santé."

    Depuis quelques années, les recherches cliniques et biologiques viennent renforcer les études épidémiologiques avancées par les opposants au nucléaire. Elles sont plus difficilement réfutables.

    Ces recherches font principalement état des 3 effets suivants :

    - Instabilité génomique :
    "Le mécanisme est à la fois une transmission de l'instabilité chromosomique au cours du temps, et l'amplification du signal avec une augmentation des altérations du génome[2]. Ce phénomène est connu depuis longtemps mais ce qui est nouveau c'est l'accumulation de preuves cliniques du phénomène comme la persistance d'aberrations chromosomiques des «travailleurs du plutonium» de SELLAFIELD (Ecosse) ou des survivants d'Hiroshima et Nagasaki[3]. Au-delà des preuves expérimentales, les données cliniques démontrent que l'instabilité génomique joue un rôle non négligeable dans la survenue et le développement des affections cancéreuses."

    -Effet de proximité (bystander effect) :
    "Rappelons qu'il s'agit: «de la capacité des cellules affectées par un agent extérieur (comme l'irradiation) de transmettre les manifestations du dommage à d'autres cellules qui ne constituaient pas la cible directe de l'agent causal et qui sont susceptibles de l'exprimer»[1].
    Cet effet des faibles doses explique le caractère d'amplification de l'instabilité génomique puisque les lésions sont multipliées par un signal destiné à des cellules non irradiées. Les études in vitro et in vivo ont étendu ce mécanisme à des transmissions d'anomalies chromosomiques à distance de la zone irradiée[4]."

    - Les facteurs clastogéniques:
    "C'est peut être l'avancée la plus significative de la nouvelle radiobiologie: il s'agit de facteurs plasmatiques de sujets irradiés capables d'induire des effets délétères dans des cellules non irradiées des années après l'événement initial. Ces facteurs peuvent persister jusqu'à 30 ans après chez les survivants d'Hiroshima et Nagasaki[7]. Ces facteurs clastogéniques peuvent expliquer les résultats de l'étude du professeur Claude Parmentier[8] sur les cancers de la thyroïde de sujets polynésiens 30 ans après l'irradiation de la population par des tirs défectueux de 1974, puisqu'il existe chez ces patients un excès des lésions «stables» des chromosomes comme les «dicentriques»."

    (fin à venir)

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  5. (fin réponse Kna)

    Le Dr Behar nous fait par ailleurs toucher du doigt l'impact sur la cellule, mis en évidence par les moyens modernes, des très faibles doses de radioactivité (moins de 10 millisieverts). On peut constater que les altérations progressent au rythme de l'agression, avec un effet dit "curvilinéaire" : l'augmentation des altérations est plus importante avant quelques millisieverts.

    Il nous dit également que nous sommes très inégaux face aux faibles doses, certains individus ne semblant pas affectés par ces altérations de leur génome, d'autres l'étant à quelques millisieverts, certains transmettent leurs défauts génétiques à leurs descendants sans effets apparents, contrairement à d'autres etc.

    Delphin (simple amateur éclairé, en recherche de compréhension depuis plus de 30 ans)

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  6. Ce qu'il faut comprendre pour la radio toxicité des particules alpha (et comparativement aux particules beta et rayonnement gamma), c'est que pour une même distance (dans un milieu de référence) ces particules alpha vont créer beaucoup d'ionisation (c'est ce que l'on appel le Transfert Linéique d'Energie:http://fr.wikipedia.org/wiki/Transfert_d'%C3%A9nergie_lin%C3%A9aire).

    A l'extérieur du corps humain, la couche cornée de la peau (non lésée) est une très bonne barrière contre les effets des ionisations (comme on peut le voir ici).
    Par contre, à l'intérieur du corps (muqueuses, cellules) cette barrière n'existe plus et les ionisations/mm exposés vont être très intenses.
    Ces ionisations créent des radicaux libres qui seront les causes des altérations de nos cellules.

    A partir de là (et en fonction de la dose reçue) soient les cellules se réparent toutes seule (comme elles le font quotidiennement), ou bien meurent normalement (apoptose), ou dans le pire des cas mutent (cancers, complications, etc).

    Les dégâts occasionnés par ces différents types de rayonnement sont majorées d'un coefficient (de 1 à 20) pour en estimer leur dangerosité sur le corps humain, c'est ce que l'on appelle la dose équivalente (http://fr.wikipedia.org/wiki/Dose_%C3%A9quivalente)

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  7. J'ai oublié un lien pour "comme on peut le voir ici"
    http://radioprotection.eklablog.com/couche-basale-et-couche-cornee-a23025862

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