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mercredi 14 décembre 2011

9 mois

Un article paru le 11 décembre pour l'anniversaire des 9 mois depuis le désastre de Fukushima nous donne un résumé des évènements et nous permet de ne pas oublier.
Traduction et révision par Chantalouette et Hélios.


9 mois depuis la catastrophe du 11 mars
Pendant que les gens étaient encore sous le choc de la destruction massive causée par le séisme et le tsunami, il a été annoncé dans les médias internationaux qu’il y avait un problème dans une centrale nucléaire. Peu de personnes se doutaient que cela « transpirerait » dans les jours suivants.

TEPCO a fait brièvement annoncé qu’il n’y avait pas de problème, que tout était sous contrôle à la centrale de Fukushima Daiichi. Ce qu’il s’y est passé avant même le tsunami était bien pire que ce qu’on disait. Les ouvriers voyaient des ruptures de canalisations de refroidissement dramatiques et entendaient des explosions.

Le directeur de la centrale a demandé aux employés effrayés de rester, ceux dont il n’avait pas réellement besoin ont été évacués. Les travailleurs qui sont restés ont dû se débrouiller dans le noir, prendre des batteries de voiture et risquer des niveaux de radiation déjà élevés pour tenter d’amener les réacteurs sous contrôle. Les générateurs de secours étaient rangés dans les sous-sols, le tsunami les a détruit. Il n’y avait plus de courant électrique hors site.

Les responsables de TEPCO ont décidé qu’ils allaient abandonner la centrale. S’ils l’avaient vraiment fait, et si les réacteurs avaient été laissés à leur sort, l’étendue du désastre aurait été bien pire. Comme l’a admis l’ancien Premier ministre Kan, dans des interviews faites après sont départ, Tokyo aurait été abandonné … « personne à Tokyo » Il n’y aurait pas eu seulement l’abandon des unités 1-4, mais aussi les 5 et 6, ainsi que Daiini où il y avait aussi des problèmes , mais moins importants qu’à Daiichi.

TEPCO déclarait toujours au public que tout était sous contrôle. Le jour suivant l’unité 1 a explosé. Le jour d’après, (le 13 mars) l’unité 3 a explosé en blessant 11 personnes à la centrale. Le 15 mars l’unité 2 a explosé, bien que maintenant plusieurs factions disent que ce n’était pas une explosion. On spécule sur le fait qu’il y a eu un coup de bélier dans le torus qui a fait des dégâts significatifs à la partie basse du bâtiment et de l’enceinte. De même le 15 mars, l’unité 4 a explosé en causant des dégâts structurels majeurs et en risquant une défaillance de la piscine à combustible usagé hébergeant de nouvelles barre de combustible en dehors du réacteur.

Des milliards de térabecquerels de radioactivité se sont échappés dans l’air, et encore davantage se sont écoulés en mer et cela continue toujours aujourd’hui. La contamination par radiations déversée en mer est maintenant la plus grande contamination radioactive maritime de l’histoire. Une contamination radioactive a été trouvée en avril dans les mers russes et a été détectée encore plus à l’ouest. On trouve au Japon des thons du Pacifique considérablement contaminés ce qui augmente les inquiétudes concernant les poissons en haut de la chaîne alimentaire et sur ceux qui, comme le thon, migrent sur de longues distances à travers le Pacifique.

Au beau milieu de tout cela les habitants de Fukushima ont été alertés et évacués de façon anarchique et on leur a tous dit « qu’ils pourraient bientôt rentrer chez eux ».On a dit cela aux résidents pendant des mois les poussant à garder espoir et donc à ne pas penser à reconstruire leur vie. Cela a aussi poussé les habitants à laisser leurs animaux familiers pour suivre les instructions du gouvernement entraînant un vaste problème d’animaux familiers et de ferme mourant de faim dans les zones évacuées.

Beaucoup de gens au bout de 9 mois demeurent dans des zones fortement irradiées sans avoir été évacués. Les étudiants de Minami Soma ne peuvent rester longtemps à l’extérieur sans porter de dosimètres. Les enfants de toutes ces régions doivent rester enfermés pour tenter d’éviter les radiations plutôt que d’être déplacés dans un endroit sûr. Les premières mesures ont montré que de nombreux enfants de la région sont contaminés de l’intérieur.

La ville de Fukushima a affiché des taux choquants de radioactivité peu après le début du désastre. La ville n’est toujours pas évacuée, Greenpeace a fait récemment des tests et trouvé des niveaux élevés dans la ville. Ceux qui ont les moyens ont fui pour un endroit plus sûr. Ceux sans ressources qui n’ont pas eu d’aide officielle à l’évacuation de la part du gouvernement sont coincés. Pas de nouvel emploi, pas assez de ressources pour financer un déménagement, et pas d’aide de leur gouvernement.

Les officiels locaux sont loin d’être compatissants. Le maire de Date City a dit de ceux qui ne voulaient pas décontaminer bénévolement qu’ils « jouaient les victimes ». Le maire de Fukushima se faisait plus de souci pour les conséquences économiques et fiscales que pour la sécurité de villes de près de 300.000 habitants.

Les personnes âgées ont été très durement frappées par le désastre. Beaucoup sont mortes peu après le début des évacuations, vu qu’elles étaient déjà fragiles et se trouvaient dans des hôpitaux et des maisons de retraite. Certaines ont été abandonnées et secourues plus tard par d’autres. Le seul fait d’évacuer a été bien trop lourd pour que certains survivent. Beaucoup de personnes âgées ont pensé que perdre leur maison de famille depuis des générations et leur communauté était trop pour eux et se sont suicidés. Un certains nombre d’agriculteurs ont trouvé que tout perdre, même leur troupeau était trop douloureux et se sont suicidés après avoir laissé des lettres déchirantes.

Les problèmes de nourriture ont eu un fort impact partout au Japon. Au début le gouvernement a minimisé le risque concernant l’approvisionnement et n’a rien fait. Ensuite lentement mais sûrement on a trouvé du césium dans le bœuf du marché, provoquant de la colère partout et beaucoup de soucis concernant la nourriture. Le gouvernement a ajouté à contre-coeur des programmes de contrôle tout en faisant la promotion de produits alimentaires en provenance de la zone impactée. Des groupes de citoyens se sont proposés pour aider à faire des tests et confirmer ceux du gouvernement afin de s’assurer de leur honnêteté. Construire un système à partir de rien s’est révélé un travail monumental.

Pendant ce temps des parents luttent tous les jours pour une tâche apparemment facile: nourrir leurs enfants. Le gouvernement a aussi laissé tomber le peuple en déclarant prématurément que le riz de Fukushima était sans danger après avoir testé des fermes situées loin des zones les plus contaminées. Comme on pouvait s’y attendre, cela s’est retourné contre lui, car on a trouvé que le riz était bien contaminé. Les parents se sont battus avec les départements scolaires pour s’assurer que les étudiants reçoivent de la nourriture saine le midi. Amener un repas préparé à la maison n’est pas autorisé ou désapprouvé dans de nombreuses écoles, alors la question d’un repas sans danger est devenu un problème majeur. Certains districts ont maintenant adoptés des programmes pour tester et prouver que les ingrédients du repas sont sains.

S’ajoutent à la confusion et à la frustration autour de la nourriture les niveaux de sécurité du gouvernement. Le gouvernement déclare que tout ce qui se situe en dessous de 500 bq / kg est sans danger, mais peu de gens le voient comme cela et veulent connaître le niveau de contamination exact de leur nourriture. Des laboratoires de mesure privés participent, de même qu’il y a des programmes tels qu’Aeon foods qui testent les produits. Les détaillants font aussi des mesures, déclarant les niveaux exacts de contamination et ne vendant rien de contaminé, même à de faibles niveaux. Ces actions directes des citoyens et des consommateurs sont plus efficaces que les efforts du gouvernement qui la plupart du temps s’inquiète plus des profits des entreprises et de l’image nationale que de la sécurité du peuple.

Tout ceci cause de la colère, de la frustration et de l’insatisfaction concernant le gouvernement japonais et la structure corporative corrompue des sociétés monopoles. Des dizaines d’années de complaisance, de fraude, d’accidents cachés et de règles de sécurité ignorées ont finalement rattrapé les entreprises énergétiques du Japon. Alors que le gouvernement a fait peu d’effort pour régler les problèmes, la vérité a été mis à nue et le peuple en est bien conscient. Des grandes manifestations ont pris place ces derniers mois au Japon.

Une grande manifestation a Tokyo a rassemblé plus de 60.000 personnes. Aujourd’hui pour marquer l’anniversaire des neufs mois, des manifestations ont eu lieu dans des villes partout au Japon. Les groupes de parents et anti- nucléaires se sont agrandis progressivement et demandent des changements. Osaka a récemment porté un coup aux deux partis principaux en élisant un maire et un gouverneur qui ont fait une campagne sur la sécurité publique et la fin de l’énergie nucléaire. Des signatures sont collectées à Tokyo et Osaka pour deux référendums qui pourraient mettre fin à l’énergie nucléaire dans ces préfectures.

Le gouvernement national n’a toujours pas compris ce qu’il se passe. Il a mis l’accent sur la décontamination. Processus qui a essentiellement utilisé des laveurs à haute pression pour laver à l’eau les bâtiments, les arbres et les routes dans l’espoir d’enlever la radioactivité. Cela l’entraîne simplement dans le sol, les ruisseaux, les rivières, et la mer. Le procédé de décontamination a été un échec jusqu'à présent, en abaissant le taux de contamination de seulement 10%. 70 % de Fukushima est fait de forêts qui seront impossibles à décontaminer efficacement, sans une technologie notablement innovatrice.

La contamination des forêts peut ensuite recontaminer d’autres zones par dissémination, pollinisation et d’autres moyens. Le gouvernement a placé tous ses espoirs dans la décontamination. Pourquoi revient-il souvent sur les indemnités d’évacuation et la perte de contribuables dans les régions touchées si les personnes ne reviennent pas ? Le problème se réduit à l’argent. Si le gouvernement devait réellement s’occuper de tous les aspects du désastre, du relogement des personnes aux tests de la nourriture, icela pourrait conduire tous le pays à la faillite.

Les évacués s’inquiètent de leur retour chez eux. Certains s’inquiètent de savoir si on va les obliger à retourner dans un endroit qui n’est pas sûr, d’autres s’inquiètent car ils pensent qu’ils ne retourneront jamais chez eux. Certains pensent que les jeunes ne reviendront jamais dans la région et la laisseront mourir alors que la population âgée s’affaiblit. Tellement de personnes ont eu leur vie brisée et ont tout perdu. Beaucoup ont perdu des membres de leur famille dans le tsunami.

Les ouvriers ont aussi du mal à s’en sortir. Un manque d’équipement de sécurité, des conditions de travail malhonnête, un manque d’allocations de base, et une paie écrémée par des sous-traitants malhonnêtes n’ont été que quelques-uns des problèmes à la centrale. Beaucoup d’ouvriers qui étaient à la centrale pendant les premiers jours du désastre ont reçu un taux de radioactivité très élevé.

Dans le chaos des premières heures et jours, beaucoup de ceux qui étaient sur place n’avaient pas de tenue de sécurité y compris des respirateurs. Il y a eu nombre de morts suspectes d’ouvriers en lien avec la centrale qui se sont toutes passées sans enquête. Une veuve a reçu une aide légale d’une association d’avocats après que son mari se soit écroulé et n’ait pas reçu de soins médicaux appropriés dans les heures qui ont amené sa mort. Les ouvriers ont raconté des histoires d’évènements effrayants à la centrale. Un travailleur a parlé d’aller dans l’unité 3 pour tenter de ventiler manuellement l’unité. Le tore était si chaud qu’il a fait fondre ses bottes en caoutchouc.

Les pompiers japonais doivent être examinés et dépistés. Il était aussi question d’étendre cela aux soldats des forces d’auto-défense. On ne sait rien des examens de santé en cours, du dépistage et de la recherche d’un handicap potentiel des ouvriers aussi bien de TEPCO que des entrepreneurs. Ces hommes courageux ont risqué leur vie et leur santé, certains d’entre eux sont morts ou ont été blessés. Aucun programme n’existe pour s’assurer qu’ils seront payés pour leur sacrifice.

Pendant ces 9 derniers mois, les gens du monde entier ont observé. Ils ont écrit, cherché, discuté et se sont assurés que ce désastre majeur toujours d’actualité ne soit pas oublié. Lire simplement ce qu’il se passe et avoir des informations du Japon joue un rôle pour s’assurer que tout ceci est connu. Parfois juste partager les nouvelles est une chose puissante. La connaissance est le pouvoir. L’information se doit d’être libre.

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